Rencontre avec Camel'Idées de l'Atlantique

Dernière mise à jour : 18 janv.

Samedi 22 janvier aura lieu un Grand Nettoyage de plage à la Santocha de Capbreton entre 14h et 16h. Ce super ramassage d'hiver a été organisé à l'initiative de 3 associations landaises : Cete Sea, Camel'idées de l'Atlantique et Pickitup40.


Vous souhaitez en savoir plus sur Camel'Idées de l'Atlantique ? Connaître l'histoire de cette association et de son créateur ? Et aussi connaître, à travers cette interview, la relation entre notre belle région des Landes et les Camélidés ? Je vous invite à découvrir ce petit bijou de récit.



Salut Franck, peux-tu te présenter à nos bénévoles stp ?


Je me nomme Franck Doens, 48 ans, je suis le créateur du projet associatif Camel'Idées de l’Atlantique.

Je suis chamelier et aussi trésorier de la structure associative.

J’ai à charge de soigner et d’éduquer Dino et Mario, les deux dromadaires, et de développer les activités de l’association.


J’ai pratiqué une dizaine de métiers différents, mais ce que j’aime avant tout, c’est œuvrer dans les domaines de la solidarité internationale et de l’éducation. C’est aussi par amour de la nature et des espèces vivantes que j’ai lancé le défi qu’une association d’éco chameliers peut agir pour un environnement et une agriculture meilleurs.





Comment et pourquoi Camel'Idées de l’Atlantique ?


Je n’étais pas prédestiné à devenir un jour chamelier et fondateur d’une association écologique à l’aide de camélidés.


En effet, ayant grandi en banlieue parisienne, puis suivi un parcours d’études et occupé une activité professionnelle dans le domaine du génie climatique (secteurs industriel, nucléaire, hospitalier, pharmaceutique), je n’étais pas sensibilisé à la cause animale et à l’écologie.


C’est à Djibouti, lors d’un déplacement en moto, sur une piste, que j’ai fait une rencontre improbable avec un dromadaire sauvage.

Quand celui-ci s’est emballé au son de ma machine avant de me couper la route… Il m’a contraint de finir ma course contre le tronc d’un kéké.




Le « bougre » m’a simplement regardé tandis que j’étais au sol, énervé tout en relevant ma moto, mais surtout craintif d’une attaque potentielle. Puis il m’a tourné le dos et a repris son chemin… J’ai alors vu dans son regard une forme de compassion et d’impuissance à pouvoir m’aider. C’est là que j’ai compris que ces animaux étaient dotés d’une forte sensibilité.


Plus tard, lors d’un trek dans la région de Dikhil, une caravane de sel guidée par des chameliers Afars très hospitaliers a détourné mon chemin. Je me suis retrouvé apprenti chamelier durant deux jours, jusqu’à la frontière Ethiopienne.


Ces moments partagés parmi ces hommes et ces dromadaires ont fait grandir en moi l’envie de participer à la démystification et à l’acceptation en France de ces animaux « magiques » et vertueux.



De retour en nord Ardèche en 2000, j’ai longuement cherché comment établir un lien entre cette région et l’animal, afin de construire un projet cohérent et correspondant à une éthique personnelle. Mais celui-ci ne pouvait pas, à mon sens, s’intégrer dans cet environnement froid et montagneux peuplé de chèvres et de vaches laitières.


En 2004, j’ai été aspiré par un élan de solidarité lors du tsunami de l’océan Indien.


Je me suis alors engagé sur des missions d’urgences médicales en qualité de logisticien de la solidarité internationale durant une dizaine d’années puis, par la suite, en qualité d’éducateur auprès des enfants de l’ASE.


C’est alors que j’ai fait la découverte de l’histoire du dromadaire landais, et en particulier de son introduction, en 1827, dans le mécanisme agro-pastoral par Antoine de Sauvage, aventurier, inventeur et maire d’Andernos.

Ce dernier utilisait le dromadaire pour le transport, les travaux agricoles et le débardage dans cette région que l’on surnommait “le petit Sahara”.


Etant amoureux et familier de la région Aquitaine depuis ma tendre enfance, désormais sensibilisé à la gestion des déchets sur cette planète, j’ai enfin pu faire le lien entre le dromadaire et mes convictions personnelles.


J’ai décidé de poursuivre l’aventure initiée par Antoine de Sauvage presque 200 ans après lui, par l’adaptation d’une méhari au contexte actuel de dépollution des plages, tout en favorisant l’accompagnement dans la préparation des sols en agriculture biologique.


C’est ainsi qu’il y a trois ans, l’association Camel’Idées de l’Atlantique, encouragée par des passionnés de plage et d’océan, a vu le jour avec l’intégration de Dino, son premier Turkoman aux couleurs sable des dunes.



Quelles sont les activités ou actions de ton association ?


Camel’idées de l’atlantique intègre l’écologie, la solidarité, l’inclusion et la découverte du littoral au sein d’un même projet.


C’est une jeune association éco-touristique et solidaire (loi 1901), à but non lucratif. Le projet qu’elle propose est articulé autour de quatre axes de travail :


1/ UN RETOUR HISTORIQUE SUR LE MÉCANISME AGRO-PASTORAL ET L’INTRODUCTION DU DROMADAIRE LANDAIS


Avant la loi du 19 juin 1857 relative à l’assainissement et de mise en culture des Landes de Gascogne et la fixation des dunes d’Aquitaine, les Landes ont souvent été comparées à un petit Sahara. Dès 1803, des membres de la société d’agriculture se penchent sérieusement sur la question des camélidés. Les grands travaux de nettoyage de la forêt et le transport de marchandises pourraient tirer profit de ces solides bêtes. Antoine de Sauvage se lance dans l’aventure en 1827 en introduisant les dromadaires, et ces derniers accomplissent le travail attendu :

  • Tirer de fortes charges

  • Se reproduire

  • Promener les touristes sur les dunes, donnant au littoral des airs de Sahara.

L’expérience se poursuit durant une quarantaine d’années.



2/ ÉCOLOGIE, AGRICULTURE RAISONNÉE ET PROTECTION DE LA PLUS GRANDE FORÊT D’EUROPE :


Par ses actions, l’association souhaite agir afin de préserver la flore, la faune, les dunes et la forêt du littoral atlantique, ainsi que les plages des Landes de Gascogne, en collectant les déchets résiduels rejetés par l’océan.

L’association peut aussi intervenir sur des travaux agricoles bio et des travaux de nettoyage forestier en zones protégées.


3 /SOLIDARITÉ, INCLUSION ET SENSIBILISATION :


La collecte de déchets du littoral s’effectue au moyen d’une caravane composée de camélidés, et d’acteurs volontaires (touristes ou bénévoles), convaincus que l’on peut prendre du plaisir à œuvrer dans le domaine de l’écologie.

L’alliance collaborative unique reposant sur le polyptyque Terre/Mer/Forêt/Homme/Animal renforce la conscience collective, et permet de sensibiliser les non-initiés à l’importance du respect et de l’équilibre de l’environnement.


4/ DÉCOUVERTE TOURISTIQUE :


En accompagnant le groupe le long des plages, la caravane permet de faire découvrir et d’observer les différentes zones du littoral Atlantique entre deux points uniques sur la côte d’argent : du courant d'Huchet à la dune du Pilat.








Quelle est ton histoire avec Dino ?


La rencontre avec Dino est arrivée à point nommé. Tandis que l’association était déjà créée mais que nous n’avions pas encore de camélidés, nous sommes tombés sur une annonce d’un dromadaire à vendre en Charente.

Le 20 janvier 2019 nous sommes allés rencontrer cet animal nommé Ahmed et âgé de 5 ans .IL était seul, sans congénère et surtout ce n’est pas un dromadaire … c’était un Turkoman en rut de 750 kg.

Le coup de cœur a été immédiat et le feeling entre nous était au plus haut.

Il vivait dans une ferme et son maitre, un agriculteur retraité n’était plus en capacité de s’en occuper.

Il l’avait acheté à l’âge de 1 an dans un cirque Italien basé au Nord Est de la France.

Son précédent maître, confiant du projet que propose notre association, a fait le choix de nous le céder.






On avait l’impression d’être face à un dinosaure tellement il était grand et fort. C’est pourquoi nous l’avons renommé Dino. Dino est le croisement d’un dromadaire et d’un chameau. Il possède une forte capacité de bât et produit de la laine en hiver (cachemire).

Il nous a rejoints le 26 janvier 2019 et c’est depuis ce jour notre plus grand bénévole et membre d’honneur pour ses services rendus et l’affection qu’il nous donne.



Comment définirai-tu le lien qui vous unit ?


Dino n’était pas éduqué à son arrivée sur notre projet et de mon coté j’avais tout à apprendre en matière d’éducation cameline. Nous avons passé de longs moments tous les deux à faire connaissance et pour que l’on se comprenne mutuellement.


Nous avons grandi, beaucoup travaillés et progresser ensemble jour après jour. Dino, depuis notre première rencontre est un copain, un partenaire, un confident aussi …Pour ma part, je suis son chamelier, son guide. Mon rôle est l’accompagner, mais aussi de tenir compte de ses humeurs et de ses émotions pour ne pas briser la confiance mutuelle que nous avons l’un envers l’autre.





Tous deux sommes des grands têtus (c’est le défaut de nos qualités et la qualité de nos défauts), mais il est beaucoup plus fort et plus grand que moi… L’atteinte de l’objectif ne peut se faire qu’au travers ce lien de confiance que nous avons développé.


Peux-tu nous raconter comment tu cohabites avec un camelidé ?


Les grands Camélidés sont des animaux domestiques, mais grégaires. Ils vivent généralement en troupeau et le chamelier prend la place du dominant du groupe.


Dino vit désormais avec un Turkoman de 1 an et demi : Mario car il lui fallait un compagnon de grande taille, mais aussi d’apprendre et de transmettre son savoir à un animal natif d’un troupeau et trop jeune pour être éduqué.




Les grands camélidés sont des animaux très calmes, en demande de contact et d’activités. Ils apprennent vite, sont sociables et lorsque la confiance est établie, ils deviennent très proches de l’homme.

C’est un animal qui possède de fortes capacités d’adaptation alimentaires et climatiques, néanmoins comme tout être vivant, il ne doit pas être exposé au stress.


En ce qui concerne les installations, elles sont identiques à celles des chevaux mais avec des clôtures à 1,70 m.

D’un point de vue alimentaire et dans notre environnement, nos camélidés sont nourris au foin à volonté et pâturent de l’herbe fraîche, des ronces, des bambous, de l’acacia, du lierre, du chêne, etc.



Comment est née cette envie de co-créer un ramassage de déchets avec Pickitup40 et Cetesea ?


Nos trois associations sont porteuses de projets de préservation de l’environnement et de ses espèces animales. Nos actions éthiques se vivent comme un élan de solidarité pour un futur propre et sain …elles sont respectueuses !


C’est pourquoi il est important aussi pour nous de se soutenir au travers d’opérations inter-associatives car ce que nous menons est courageux et méritant.


Au travers de cette mutualité, j’espère aussi un message porté, fort en sensibilisations, en rencontres, en partage, en soutiens et en échanges autour de notre noble combat.



Aurais-tu envie de nous partager une expérience en particulier ?


Oui avec plaisir …


Le 26 décembre 2018, au lendemain de Noël, j’ai décidé de partir en autonomie totale le long de la Côte d'Argent. L’objectif était de relier ces deux zones environnementales préservées : du courant d'Huchet à la dune du Pilat qui sont aussi deux points uniques en Europe.


Chacune de ces zones a une importance majeure dans l’histoire de la création des Landes. Mais aussi dans l’histoire de la naissance de notre association et je ne pouvais pas passer à coté d’une telle expérience.


Les rendez-vous étaient pris avec la presse. Le matin du départ avec une radio (France bleue Gascogne) et à l’arrivée prévue au sommet de la dune du Pilat le 01.01.2019 à 13h avec un correspondant du journal local (sud-ouest).




Je ne pouvais plus reculer et la météo était annoncée clémente pour la durée de ce périple en solitaire.


Ce voyage était ce que j’appelle un « crash-test ». Il me permettait de créer un mapping précis de la côte, de vérifier les diverses possibilités d’accès des dromadaires et se rendre compte de la quantité de déchets échoués dans des zones désertiques, non urbanisées et quasiment par nettoyer en hiver.


Il faut le savoir et le voir pour y croire, mais le long de cette côte, il y a parfois des zones désertiques de 15 km et vierges de tout passage ou de toute fréquentation . La quantité de déchets accumulés entre la laisse de mer et le pied de dune est révoltante, mais invisible du grand public et les nettoyages mécaniques ne sont opérés qu'une fois par mois.






120 km, 6 jours de marche, 10 l d’eau, un sac à dos et une remorque bricolée que je réparais au fur et à mesure de ma progression et avec des matières glanées dans les détritus …






"Je m’étais totalement transformé en chameau !"


Je dormais à flanc de dunes tout en essayant de me protéger du vent. À 16h30 il fallait songer à installer un campement pour la nuit, ce qui me laissait chaque jour un temps pour observer le coucher de soleil autour d’une petite flambée et d’une soupe chinoise ... J’imaginais au loin l’arrivée d’une méharée !


Parfois, le franchissement de canaux a détourné ma route vers de magnifiques chemins de forêt … Parfois, il fallait franchir un pont et s’engouffrer dans une ville sous les regards curieux, pour de nouveau atteindre l’océan.

Les sensations et les émotions étaient chaque fois très différentes. Je m’engouffrais dans des zones urbanisées tout en sachant que le soir-même je serai dans un environnement vierge, désertique et serein.


Ma dernière nuit, celle du 31 au soir, posé dans l’ancienne zone archéologique de La Teste-de-Buch, j’ai débouché cette fameuse bouteille de champagne que j’avais embarquée et chouchoutée durant tout le trajet. En face, il y avait un coucher de soleil beau en couleurs et sur ma droite le pied de la dune du Pilat. L’ascension de cette merveille était pour le lendemain matin.


J’avoue que, monter au sommet de cette grande dame était une épreuve après tel périple et plusieurs nuits passées dans l’humidité. 5h d’efforts, d’ascension mètre par mètre avec une charrette qui me tirait vers le bas.


Je n’en voyais pas le bout …


L’altimètre indiquait tantôt 80 m, cela voulait dire que l’ascension était presque terminée … Ben non ! La dune redescendait de 20 m ... Pfff ! Je ne voyais pas le sommet et après 2.5 km d’ascension, à 13h j’étais enfin arrivé sur la crête.


C’est à ce moment-là que cette fameuse phrase de Mark Twain a pris tout son sens :


« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait »



Merci à Franck du fond du coeur pour ce partage si précieux et touchant.


Plus d'informations sur le site Camel'idées de l'Atlantique



Interview préparée et réalisée par Julie Beraut, adhérente active en charge de la communication pour Pickitup40



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